Le grouvernement cible l’argent sale dans les marchés publics en Corse

Davantage de contrôles des marchés publics, un peu plus d’enquêteurs et de juges. Ces moyens permettront-ils d’enrayer la violence sur l’île ? Certains en doutent.

L’assassinat de l’avocat Antoine Sollacaro, le 16 octobre, a fortement secoué l’île de Beauté. Hier, le gouvernement a donc voulu montrer qu’il ne restait pas sans réagir.

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a annoncé dix mesures censées frapper les criminels là où cela fait mal. « Les affaires économiques et financières, qui sont à l’origine de la plupart des homicides et des attentats, sont la cible » du gouvernement, a-t-il annoncé à l’issue d’une réunion avec les ministres Manuel Valls (Intérieur), Christiane Taubira (Justice), Pierre Moscovici (Économie) et Jérôme Cahuzac (Budget).

Une cellule interministérielle, animée par le cabinet du Premier ministre, va être créée. Elle pourra décider de missions d’inspection en Corse, pour mieux contrôler les marchés publics et les autorisations d’urbanisme, « plus particulièrement le respect de la loi littoral ».

Les moyens d’enquête vont également être renforcés. Quatre enquêteurs de plus au Groupement d’intervention régional (GIR), chargé de lutter contre l’économie souterraine (dont les trafics de drogue) ; quatre policiers de plus à la direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) et quatorze gendarmes supplémentaires.

Des projets qui inquiètent

Côté justice, le pôle financier de Bastia sera renforcé en juges d’instruction. Quant aux parquets d’Ajaccio et de Bastia, à la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille et au parquet anti-terroriste de Paris, ils sont priés de travailler ensemble, lors de « réunions de régulation », pour « accélérer » le traitement des affaires.

Suffisant ? Depuis le début de l’année, il y a déjà eu quinze meurtres et cinquante-cinq attentats en Corse (respectivement vingt-deux et soixante-deux en 2011), faisant de l’île l’une des régions les plus dangereuses d’Europe (proportionnellement à sa population).

Pour le criminologue Stéphane Quéré (1), « les mesures du gouvernement vont dans le bon sens. Mais cibler les opérations financières et immobilières n’est pas nouveau ». Le blanchiment de l’argent sale passe par toute sorte d’investissements.

Deux projets actuels pourraient attirer les hommes du crime organisé « et attiser la guerre des clans » : les extensions des ports de plaisance de Porto-Vecchio (près de 500 anneaux supplémentaires), dont la concession devrait être confiée à une société privée, et de Porticcio. Or, les moyens annoncés paraissent « maigres. On évoque des réunions spécifiques sur la Corse, au sein de la police judiciaire. Mais elles ont déjà lieu ».

Article de Pierrick Baudais pour Ouest France