Le maire de Strasbourg, membre de l’équipe de François Hollande, est soupçonné de délit de favoritisme

Le sénateur-maire PS de Strasbourg Roland Ries, membre de l’équipe de campagne de François Hollande, est soupçonné d’avoir commis en 2008 et 2009 plusieurs infractions à la législation sur les marchés publics, dans le cadre d’une information judiciaire instruite à Nancy.

L’information judiciaire a été ouverte contre X à l’été 2011 pour infractions à la législation sur les marchés publics, favoritisme et recel de favoritisme, a indiqué mardi une source proche du dossier. Une enquête préliminaire avait été ouverte en juillet 2009 par le parquet de Strasbourg, qui a été dessaisi.

Aucune garde à vue n’est intervenue pour l’instant, mais plusieurs «témoins importants» ont été entendus récemment, dont l’ancienne adjointe au maire en charge des marchés publics Chantal Augé, et l’ancien directeur de cabinet du maire Bernard Debry, a affirmé cette source, confirmant des révélations du site internet Mediapart. La juge Mireille Maubert-Loeffel enquête sur des infractions susceptibles d’avoir été commises dans deux dossiers.

Le premier concerne l’attribution à trois sociétés de contrats pour la réalisation d’une étude sur la faisabilité d’un tramway sur pneus à Bamako, au Mali, pour un montant total d’environ 50 000 euros.

Le second dossier a trait à l’attribution sans mise en concurrence à la société Athéo d’une étude sur le Marché de Noël, en 2008. Le rapport de quatre pages avait été rémunérée 30 000 euros, avant que la mairie n’obtienne le remboursement de 70% de la somme, selon l’adjoint du maire Robert Herrmann.

«Difficulté administrative»

Roland Ries n’a pu être joint par l’AFP. Interpellé en conseil municipal par l’opposition lundi, il a déclaré à propos de l’étude sur le tramway de Bamako : «Qu’il y ait pu y avoir une difficulté administrative à ce sujet est possible, nous verrons le résultat de l’enquête qui est en cours.»

Chantal Augé et une autre adjointe, Caroline Ctorza, avaient averti le maire des risques juridiques de ce dossier dès janvier 2010.

«Ce marché n’a fait l’objet ni d’une publicité ni d’une mise en concurrence. Il a été attribué par simple signature de trois bons de commandes aux trois sociétés précitées. Plusieurs irrégularités sont à relever (dont) délit de favoritisme, absence de procédure respectant le code des marchés publics, saucissonnage», écrivaient-elles.

Caroline Ctorza, qui était adjointe en charge de la prévention des risques juridiques, a démissionné en novembre 2009. Quant à Chantal Augé, elle a été démise de ses délégations en décembre 2011 et révoquée de son statut d’ajointe en janvier, peu après avoir fondé l’antenne locale de l’association anticorruption Anticor.

Lundi, l’association a dénoncé cette mise à l’écart de Chantal Augé, y voyant une sanction face à son «rôle de lanceur d’alerte».

Selon Mediapart, Bernard Debry avait lui-même été mis à la porte en avril 2010, après avoir rédigé une note juridique transmise au maire sur les risques administratif et pénal liés à ces contrats.

Dans les deux dossiers apparaît le nom de Roland Boehler, un proche de l’ancien Premier ministre Michel Rocard, selon Libération. Gérant d’Athéo, il était aussi présenté en septembre 2010 par Roland Ries comme le «conseil de Robert Lohr» et le «représentant du Mali à Strasbourg».

Robert Lohr est le fondateur et PDG de la société alsacienne Lohr, fabricante du tramway sur pneus qui a séduit le président malien Amadou Toumani Touré. L’opposition s’est à plusieurs reprises interrogée sur la proximité de M. Ries avec la société Lohr, dont il a soutenu les projets à Bamako ou même à Strasbourg.

Information AFP et Libération.fr