Saluée par son camp, critiquée par la droite. Bien qu’attendue, la nomination de Jean-Marc Ayrault à Matignon a suscité diverses réactions dans la classe politique.
Alors que le député-maire de Nantes (Loire-Atlantique) a été condamné en 1997 pour favoritisme dans l’attribution d’un marché public – en l’occurrence le journal municipal de la ville de Nantes – plusieurs personnalités ont vu dans son choix une contradiction avec l’«exemplarité» prônée par François Hollande.
Interrogé sur le choix de Jean-Marc Ayrault, Alain Juppé (UMP) a évoqué «un parlementaire chevronné», «un socialiste convaincu» : «Je le jugerai non pas sur sa bonne mine mais sur ses actes», a dit mercredi le ministre des Affaires étrangères sortant sur RTL. Sa condamnation en 1997 ? «Je suis le moins bien placé pour parler de ça», a-t-il lâché. Et d’ajouter : «Je pense qu’il y a un temps pour le pardon». Mardi soir, Dominique Bussereau (UMP) et Roselyne Bachelot (UMP) avaient exprimé un sentiment semblable sur Twitter. «Les attaques sur JM AYRAULT sont ineptes car c’est un homme solide avec lequel,Ministre de J Chirac et de NS j’ai travaillé efficacement», a écrit l’ancien secrétaire d’Etat aux Transports de Nicolas Sarkozy sur le site de micro-blogging. «Oui Dominique tu as raison. Il faut laisser la nouvelle équipe s’installer et juger sur les actes. Trop de procès d’intention», a renchéri la ministre des Solidarités sortante. Bernard Accoyer (UMP), président sortant de l’Assemblée, a lui aussi qualifié Jean-Marc Ayrault de «parlementaire chevronné».Et de rappeler des «incidents de séances intenses» qui ont eu lieu quand le nouveau Premier ministre était président du groupe des députés PS. Lors des débats sur la réforme des retraites en 2010, les députés PS avaient en effet poursuivi Bernard Accoyer dans les couloirs de l’Assemblée. Marine Le Pen (FN) a relevé la condamnation de Jean-Marc Ayrault et jugé que sa nomination était la «première grosse erreur» de François Hollande. «Le problème n’est pas de savoir si cette condamnation est grave ou pas, c’est un problème de principe. On nous avait dit que le sarkozysme, c’était terminé. Or, ça ressemble quand même grandement à une République irréprochable qui, dès les premiers jours, n’est plus si irréprochable que ça», a déclaré la présidente du Front national. Hervé Morin (NC) a lui dénoncé un «gros coup de canif dans le contrat», alors que François Hollande s’est posé «en garant d’une République exemplaire». «Aujourd’hui au pouvoir, les socialistes manient la perfidie comme hier : les leçons de morale sont toujours valables pour les autres, jamais pour eux-mêmes», a conclu le président du Nouveau centre dans un communiqué. A gauche en revanche, ce choix a été salué. Ségolène Royal (PS) l’a jugé «excellent». «Sa parfaite connaissance des rouages parlementaires permettra au gouvernement qu’il dirige d’être encore plus efficace car, contrairement au passé, les décisions prises en conseil des ministres ne seront pas le fruit d’une technocratie éloignée des réalités, mais au contraire d’un pragmatisme fruit de son expérience», a estimé l’ex-candidate PS à la présidentielle de 2007.
Laurent Fabius (PS) a souligné «trois atouts» chez le nouveau Premier ministre. «D’abord il a été un excellent maire de Nantes. Ca, je pense que tout le monde le reconnaît. Deuxièmement, il connaît admirablement le Parlement. Troisièmement, il a toute la confiance de François Hollande», a-t-il énuméré. Cécile Duflot (EELV) a aussi salué cette nomination et dit avoir «hâte» que François Hollande et son gouvernement «passent à l’action». «Ce qui nous intéresse, c’est que les relations humaines soient bonnes. Les relations humaines avec Jean-Marc Ayrault ont toujours été plutôt bonnes et ensuite, on jaugera sur la politique qui sera menée, ce ne sera pas seulement celle du Premier ministre mais celle de tout un gouvernement, on vérifiera cet état d’esprit», a ajouté la secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les Verts sur BFM-TV.
Jean-Luc Mélenchon (Front de gauche) a interpellé Jean-Marc Ayrault «sur la situation intolérable d’une vingtaine d’entreprises emblématiques et de leurs salariés», citant notamment ArcelorMittal, Sodimédical, PSA Aulnay, Fralib, Arkéma ou Petroplus. Pour l’ex-PS, il faut «stopper l’hémorragie industrielle» «par la loi» grâce notamment à «l’interdiction des licenciements boursiers et suppressions d’emplois dans les entreprises bénéficiaires» ou «la création d’un droit de veto des élus du personnel en cas de fermeture ou délocalisation et l’obligation d’examiner les propositions des salariés».
Pierre Laurent (PCF) a félicité Jean-Marc Ayrault et lui a demandé «s’attaquer» aux «urgences», avec des mesures allant «dans le sens de plus de solidarité et de progrès social».
Article Le Parisien





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