Article Les Echos – Il est incroyable, ce Nicolas Sarkozy. Bien sûr, il adore prendre les autres à contre-pied, piquer les idées et les hommes du camp adverse, être là où on ne l’attend pas. Mais cette année, dans la plus grande crise financière depuis les années 1930, le président fait dix fois plus fort. Ses collègues volent au secours du consommateur ? Il s’inquiète du producteur. Les économistes célèbrent le retour de Keynes ? Lui verse côté Schumpeter. Le monde affronte une chute historique de la demande ? La France pratique une politique de l’offre. Alors qu’elle avait passé ces trois dernières décennies à soutenir la demande à coups de milliards d’euros, accumulant la dette publique bien plus vite que ses voisins… Oui, décidément, notre président a le goût de l’audace paradoxale. Non sans raison.
Evidemment, jamais le gouvernement ne dira qu’il mène une politique de l’offre. L’expression est dans le placard des mots tabous, juste à côté de « réformes » et « rigueur ». Et pourtant… La bataille pour le travail du dimanche s’inscrit dans cette perspective. Elle ne vise pas à soutenir la demande. Les Allemands, par exemple, n’ont pas accru leurs achats depuis que leurs magasins sont ouverts le samedi après-midi. Non, l’allongement des horaires d’ouverture favorise l’offre. Il laisse plus de liberté aux commerçants pour organiser leur activité et permet à leurs salariés de « travailler plus pour gagner plus ». L’effet d’offre pourra ensuite engendrer une demande supplémentaire – c’est du moins ce qui est espéré. Le président a dû rabattre ses ambitions devant une alliance exemplaire des conservatismes de droite et de gauche (on a même lu « Le dimanche c’est sacré » à la une de « L’Humanité »). Mais il a tout de même arraché un peu de souplesse. Au contraire de la réforme du lycée laissée en plan.
Cette politique de l’offre se lit encore plus clairement dans le plan de soutien à l’économie annoncé au début du mois. Rien à voir avec la relance massive de la demande pratiquée ailleurs ! Aux Etats-Unis, le président George W. Bush avait envoyé au printemps un chèque de 1.000 dollars à 100 millions de foyers, soit une facture de 100 milliards de dollars. Au Royaume-Uni, Gordon Brown a mis l’équivalent de 18 milliards d’euros sur la table pour baisser la TVA, et donc requinquer le pouvoir d’achat. En Espagne, Jose Luis Zapatero a supprimé l’impôt sur la fortune, envoyé 200 euros à tous les foyers fiscaux et augmenté les petites retraites de 6 %. En revanche, seul 1 milliard sur les 26 annoncés en France va profiter aux particuliers, avec la prime à la casse automobile (220 millions, sept fois moins que l’exonération de la taxe sur les voitures neuves en Allemagne) et le versement de 200 euros pour les foyers modestes (alors que l’Italie va distribuer aux ménages les moins aisés une carte d’achat prépayée de 40 euros par mois). Les autres mesures vont d’abord aux entreprises – soulagement des trésoreries, aides à l’embauche, allégement du Code des marchés publics, etc.
Les grincheux affirmeront qu’une politique de l’offre passe par des baisses d’impôts. Le président en a décidé l’an dernier. Et surtout, il ne parle pas de les remonter. A l’inverse du Royaume-Uni, où la tranche la plus élevée de l’impôt sur le revenu va passer à 45 % et dépasser ainsi le taux français pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher.
Une politique de l’offre en pleine crise de la demande… Cette audace a ses raisons. D’abord, la France a beaucoup de retard à rattraper en la matière. Ensuite, certaines mesures soutiendront l’activité, mais pas tout de suite. C’est le cas des investissements publics. Dans le scénario d’une crise longue qui devient, hélas, de plus en plus vraisemblable, ces projets soutiendront la demande en temps de déprime puis l’offre en temps de reprise. Enfin, la France a des amortisseurs de crise bien plus puissants que ses voisins. A en croire les chiffres de l’OCDE, nous sommes les champions mondiaux de la dépense publique. Elle pèse 52 % du PIB, sans la moindre perspective de baisse l’an prochain. Et 43 % des Français de plus de quinze ans ont des revenus assurés, parce qu’ils sont salariés du secteur public ou retraités. Rien à voir avec les pays anglo-saxons, aux fonctionnaires moins nombreux et aux retraites menacées par les déboires des fonds de pension et des entreprises.
Si Nicolas Sarkozy réussit sa politique de l’offre en pleine déprime de la demande, la France aura profité de la crise et il deviendra une icône nationale, comme de Gaulle. S’il échoue, il restera dans l’histoire comme le président qui a enfoncé le pays. Sacré pari.
Article Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos



Newsletters

Marketeer
& Webmarketeer, I am now helping public administrations and
companies in the world of public procurement with my blog, my forum and
our company, Govex. (F. Nuyts)






