L’étau se resserre encore un peu plus sur Michel Daerden & Fils


Le parquet général a étendu ses investigations à des ASBL auditées par BCG. Des membres du cabinet révisoral ont déjà été auditionnées.

L’information judiciaire ouverte au parquet de Liège dans le dossier “Daerden & Co”, du nom du ministre fédéral (démissionnaire) des Pensions, Michel Daerden (PS), et de son fils Frédéric Daerden, concernant l’ex-cabinet révisoral, BCG (ex-DC & Co), se poursuit. Et, selon nos informations, le parquet liégeois, qui bénéficie des compétences des enquêteurs de l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC, police judiciaire fédérale), a déjà rassemblé assez d’éléments. L’avocat général en charge du dossier, Thierry Piraprez, a étendu le champ de ses investigations à des ASBL dont les comptes sont audités par BCG. “L’objectif est de retrouver des contrats révisoraux signés avec des ASBL qui mettent en œuvre de l’argent public et qui pourraient être litigieux (problème d’influence, etc.) Nous sommes dans un fameux sac de nœuds, le poisson est assez bien noyé”, nous a confié une source proche du dossier.

Mais il semble que les enquêteurs sont tombés sur des situations inédites lors de perquisitions auxquelles ont assisté des membres des organes de l’Institut des réviseurs d’entreprises (IRE). En effet, comme c’est le cas notamment chez les avocats et les médecins où, lors de perquisitions, il y a toujours la présence d’un membre de l’ordre qui les représente (un représentant du barreau ou de l’ordre des médecins auquel appartient la personne perquisitionnée), un représentant de l’IRE a assisté aux perquisitions. Les enquêteurs auraient donc découvert que l’ex-bureau BCG intervenait dans la rédaction de lettres à envoyer à des cabinets révisoraux ayant participé à des appels d’offres pour les informer qu’ils n’étaient pas retenus. Ainsi, fort de leur expertise, le cabinet héritier de celui créé en 1986 par Michel Daerden évitait à l’entreprise ou à l’intercommunale d’avoir un recours pour vice de forme de la part du candidat non retenu. Par ailleurs, des réviseurs ont eu la fâcheuse surprise de voir que leur désignation a été rejetée à la dernière minute au profit de l’ex-BCG. “Un réviseur a eu cette humiliante expérience, alors qu’il était présent à l’assemblée générale de l’intercommunale qui allait officialiser sa désignation. On lui a juste dit que l’ordre venait de haut lieu et qu’on était désolé”, nous a confié un réviseur sous couvert de l’anonymat.

Des dirigeants de la fédération liégeoise du PS seraient intervenus pour faire pression (gentiment !) sur des responsables d’intercommunales afin que des contrats soient confiés à l’ancien cabinet révisoral de Michel Daerden.

Dans le cadre de l’enquête, des membres de l’ancien cabinet révisoral BCG ont déjà été entendus par les agents de la police judiciaire. Ces auditions auraient apporté un éclairage intéressant aux enquêteurs sur le dossier, nous dit-on. Dans quel sens ? Mystère.

Nous avons tenté de joindre Me Marc Preumont, l’avocat qui défend les intérêts de Michel Daerden dans le dossier. Mais en vain. En attendant, il semble que la ligne de défense du clan Daerden soit toute trouvée. “Il serait question de soutenir la thèse selon laquelle, jusqu’en 2000, la loi sur les marchés publics ne s’appliquait pas au révisorat et de soutenir qu’il y avait une certaine ambiguïté sur la question. Mais la loi date du 24 décembre 1993. Cette défense ne peut que partiellement tenir la route”, nous a confié un juriste. Mais cette défense ne peut servir qu’en partie BCG et l’homme fort d’Ans. En effet, c’est un certain Michel Daerden, à l’époque ministre wallon du Budget, qui a cosigné avec Marie Arena (PS, Emploi), le 14 juin 2000, un arrêté ministériel confiant le contrôle des comptes du Forem à l’ex-DC&Co, dont le gérant direct n’était autre que Daerden junior. Par ailleurs, l’audit des comptes du Fonds Ecureuil (fonds de réserve) a été attribué au même cabinet par arrêté du gouvernement wallon le 12 novembre 2003, alors que Frédéric Daerden, député wallon, en était toujours le patron et que Daerden senior avait la tutelle sur le fonds en tant que ministre du Budget. “Papa” était ministre du Budget de la Communauté française (pouvoir de tutelle de la RTBF) lorsque son gouvernement et le ministre en charge de la RTBF (le libéral Daniel Ducarme à l’époque) ont confié le 12 novembre 2003 le contrat de révision des comptes ertébéens à l’ex-DC & Co, et cela pour une durée de trois ans. Même situation de conflit et d’entorse à la loi sur les marchés publics après 2000 dans le cas de la Sofico. En juin 2004, l’arrêté de l’exécutif wallon nommant les administrateurs et le collège des commissaires a confié la mission d’audit au cabinet géré par Daerden junior.

Le texte désignant l’ex-DC & Co est signé par le ministre-président de l’époque, Jean-Claude Van Cauwenberghe (PS), et le ministre du Budget et des Travaux publics, Michel Daerden.

Sur le plan politique, on attend toujours les conclusions du comité de déontologie du PS à qui le président Di Rupo a confié le dossier Daerden, il y a déjà près de trois mois…

Article de Philippe Lawson dans La Libre